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Vive la fête du Faux Travail
Discours de Christophe Clerc
Discours de Amandine Brylinski
Discours de Frédéric Pagès

 

Amandine Brylinski lors du Colloque des Amis de Jean-Baptiste Botul au Panthéon - Vive la fête du faux travailPOUR UN BOTULO-FEMINISME !

Important discours prononcé par Amandine Brylinski, le 1er mai, place du Panthéon, lors de notre Colloque de Plein Air sur «le Faux Travail».

Travailleuses, travailleurs !
Oisives, oisifs !
Camarades, camarades !
C’est plaisir immense de nous voir réunis si nombreux autour de la mémoire de Jean-Baptiste Botul . Plaisir immense, certes, mais plaisir douloureux puisque je m’apprête à diviser ce beau rassemblement. Tous unis pour la dispute ! En effet, en tant que représentante du mouvement botulo-féministe, je ne peux que farouchement m’opposer à l’entrée du philosophe audois au Panthéon. (...)

Ne manquons pas cette occasion exceptionnelle pour relancer le débat sur la parité : que Botul entre au Panthéon avant Camus, soit, mais pas avant Olympe de Gouges ! Pas avant Louise Michel !
Pour un repos éternel plein de reconnaissance, il semble que le chromosome Y soit très important . Avant l’arrivée de Marie Curie en 1995, une seule femme avait résidé en ces lieux pendant une siècle, Sophie Berthelot, l'épouse du chimiste Marcellin Berthelot,"en hommage à sa vertu conjugale ».
Et pourquoi donc ? Parce que son panthéonisable de mari était fou amoureux de son épouse et qu’on n’a pas voulu les séparer. Femme au Panthéon, oui, mais en tant que femme de, donc. Idem pour la Marie Curie : peu importe qu’elle ait aimé ensuite Paul Langevin ! Allez zou cocotte, avec ton mari à tout jamais !
Pendant ce temps-là, dans le Panthéon grec, les femmes sont des déesses et peuvent se choisir un bel Apollon avec qui passer du bon temps.

En bref, la Patrie considère qu’elle n’a donné naissance à aucune femme qui aurait contribué à sa grandeur. Soit.
Mais élargissons un peu le débat en ce 1er mai, avec la question du travail, puisque désormais la femme a le droit de devenir épouse, mère et bonniche tout en travaillant à temps plein.
Mais de quel travail parle-t-on ?
Celui qui est facteur de production ou celui pour lequel nous sommes payés ? Où est le vrai travail ? Le concept de travail n’est-il qu’une construction moralisatrice ?

Petit exemple : lorsqu’une femme est très enceinte, elle part en ce qu’on appelle « congé maternité ». Et où va-t-elle accoucher ? Dans une salle de travail, travail pour lequel elle ne sera même pas rémunérée ! La maïeutique philosophique, on s’incline devant, mais l'accouchement au sens propre, on dénigre.
Exigeons la création d’un code du travail pour les salles d’accouchement ! Demandons la rémunération horaire de la mère en devenir ! Et de l’ergonomie, que diable ! Regardez cette table à étriers, et voyez si elle ne ressemble pas au tripalium étymologique ! Remplaçons-les par des canapés et des hamacs d’accouchement !

Vivre nullipare

Bien entendu, je refuse de réduire la Femme à son appareil reproducteur et l’on peut parfaitement vivre nullipare. D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal d’associer l’infâme femelle au foyer et à la vénale oisiveté alors que le plus vieux métier du monde est exercé par des prostiputes ? Pauvres putatéticiennes exploitées, qui malgré les années d’ancienneté, n’ont toujours pas le droit de fêter le 1er mai, sous prétexte que les jours fériés sont ceux où elles travaillent le plus. Le 1er mai pour toutes les catins !

Mais revenons Place des Grands Hommes et à Botul.
Le 2 novembre 1915, le philosophe vient ici même pour la première fois . Fasciné par la nécropole, il déclare : « Cette coupole est un mamelon admirable. ». Que cherche-t-il à nous dire ?
Que le Panthéon n’est pas un monument viril, qu'il ne peut être destiné à l’homme !
Quelques années plus tard, il ira jusqu’à écrire à Simone de Beauvoir : « Le pendule de Foucault met en évidence la rotation de la Terre, comme vous me prouvez mon hétérosexualité. » Aurait-il eu des doutes à ce sujet ?

Mesdames et messieurs, ne faisons pas entrer Jean-Baptiste Botul dans cette crypte, rendons-lui hommage en osant un geste vraiment botulien : enterrons les Grandes Femmes au Panthéon, et les Grands Hommes sous l’Obélisque de la Concorde.

Au nom du mou et du trou, les Botuliens reconnaissants, ou alors quoi ?

Merci.
Amandine Brylinski