Botul mieux que Foucault

 

Les archives Botul sont à vendre. Cette décision, qui provoque, nous le savons, une vive émotion, est motivée par la lecture d'un article du «Monde» intitulé «Archives à vendre ou à laisser» (22/12, supplément «Culture et Idées»). On y apprend que la Bibliothèque nationale de France cherche à acheter les archives du philosophe Michel Foucault, mort en 1984. Prix estimé pour acquérir ce «trésor national» (c'est le terme officiel): 3,8 millions d'euros. Mais comme la BNF ne peut débourser cette somme, elle fait appel au mécénat. Lequel va certainement se précipiter car c'est une bonne affaire.
En effet ces archives sont constituées, non pas de manuscrits, mais de «notes de lectures», de «carnets dans lesquels [Foucault] jetait ses idées d'articles, de livres ou de cours», de «brouillons». Il faut savoir que ces documents pourraient partir à l'étranger, achetées par des universités américaines, qui ont créé un véritable marché mondial des archives. Depuis les années 80, les prix flambent. Presque quatre millions pour les fiches de lecture et les brouillons de Foucault, c'est une somme!
Qui ira dans quelle poches, au fait? Dans celles du citoyen Daniel Defert, ex-compagnon de Foucault, héritier de ses objets personnels. N'est-il pas gêné par l'énormité de cette somme? Pas du tout. Interrogé par «Le Monde», Defert répond qu'il a «75 ans et se sent vieillir.». Et il ajoute: «En 1984 [à la mort de Foucault], l’État n'a pas été généreux avec moi. Je n'ai pas de raison de l’être maintenant avec lui». Comme dit «Le Monde»: «Depuis 1984, les mentalités ont changé».


Séduits par cet exemple émouvant, les amis de JB Botul ont décidé d'en faire autant et de vendre les archives Botul. De quoi s'agit-il? De documents fondamentaux pour comprendre la genèse de l’œuvre de JBB, laquelle, rappelons-le, est orale. Donc pas de brouillons ou de carnets épais, pas de fiches de lecture (Botul lisait rarement), mais beaucoup de listes de courses, de tickets d'autobus, de bâtons barrés par paquets de cinq, des notes de blanchisserie, des télégrammes, de pneumatiques, de cartes de vœux, des couvercles de camembert (que Botul collectionnait), des gribouillis sur des nappes qui permettent de mieux saisir la pensée du Socrate des Corbières. Nous évaluons à leur prix à 4 millions d'euros. Il nous a semblé en effet que Botul étant un philosophe plus important que Foucault, ses archives valaient plus. Néanmoins, cela reste un prix d'ami.
Pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, nous avons décidé de nous racheter à nous-mêmes ce fonds inestimable. C'est pourquoi nous lançons à appel à la souscription et au mécénat. Aidez-nous à garder ce trésor national!Les tickets de bus et de tram de Botul doivent rester en France. Halte à l'archivo-périalisme américain! Vivent les lois du marché quand elles nous arrangent! Les chèques sont à adresser à l'ordre de «Les Amis de Jean-Baptiste Botul».
D'avance merci pour votre générosité.

Frédéric Pagès, président des Amis de JBB.

PS. Nous mettons en garde le public contre certains escrocs qui démarchent les collectionneurs pour leur vendre des «textos» de Botul. A l'époque, les SMS n'existaient pas. Donc il s'agit de faux. Cette escroquerie est d'autant plus révoltante que, selon le même article du «Monde», l'écrivain Pierre Guyotat «verse jusqu'à ses SMS» à la BNF. Une splendide collection de «J'arrive dans 5 mn» et de «Tu achètes le pain? lol» intéresserait, dit-on, l'émir du Qatar.