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Premier sermon

 

 

«Je tiens le confessionnal pour une des plus belles inventions de l’humanité, avec le couteau suisse, la fermeture-éclair et le Tour de France.»

 

Très Saint-Père,

Il y a quelques jours vous êtes monté en tremblant sur le trône de Saint Pierre. Tous les spécialistes du Vatican le savent : juste après leur élection, les papes vivent une intense période d’abattement qui peut mener à la mort.
Vous avez peur, Achille Ratti! Votre famille est fière de vous, mais vous ne faites pas le fier. Ah ! l'angoisse du nouveau pape au moment de sa première bénédiction urbi et orbi;… J’étais sur la place Saint Pierre, au premier rang, je vous ai vu au balcon cligner des yeux comme une belette extirpée du terrier. «La foule, c'est donc cela…» avez-vous pensé, pris de vertige comme au bord d'une falaise.
Le cardinal camerlingue, chargé de la transition vous a dirigé vers la stanza delle lacrime, - la chambre des larmes - où tous les nouveaux papes passent, à l’abri des regards, pour pleurer la fin de leur vie tranquille. Désormais ils ne s’appartiennent plus.
Chef de la plus grande religion du monde, vous avez sur les épaules le poids de vingt siècles d’histoire.
Quel Etat peut se vanter d’une telle longévité? Aucun.
Quel homme ne se sentirait pas écrasé? Aucun.
Redressez-vous ! Si vous perdez foi en l'Eglise, qui, dans l'Eglise, gardera la foi ?
S’il n’en reste qu’un, soyez celui-là!
Faites l'inventaire de vos troupes, de vos armes, soyez offensif!
La crosse d’évêque de Rome n’est pas faite pour se gratter le dos.

Vous avez un bon jeu dans la main. Ne gaspillez pas vos atouts, restez dans le cœur de votre métier.
Dans ce jeu, une de vos meilleures cartes, c’est le confessionnal.
Une pure merveille!
J’ai affronté très tôt le mystère de ce dispositif. A l’âge de dix ans, accompagnant Modestine, ma nourriguière1 dans la cathédrale de Carcassonne, je la vis entrer dans ce que je croyais être une grande armoire, un meuble bizarre à trois compartiments. Une fois à l’intérieur, elle s’est agenouillée, a tiré le rideau derrière elle et en est ressortie quinze minutes plus tard, le cœur content. Que s’est-il passé? J’appris peu de temps après que dans la partie centrale de l’édicule, se trouvait un prêtre à qui on pouvait avouer ses fautes.
Depuis ce jour, je suis un passionné des confessionnaux, je rêve d’en faire la collection. A mon avis, les plus beaux sont de style baroque, on les trouve à Naples à l'église du Gesù Nuovo, où je ne me lasse pas de contempler ces lumignons rouges qui s'allument quand un confesseur est disponible, assis sereinement face au public, éclairé comme une madone dans sa niche. Une telle œuvre donnerait envie de pécher, rien que pour le plaisir d’entrer dans la boîte magique.
A genoux, dans la pénombre et les chuchotis, le pécheur ne voit pas le visage du prêtre, ce dernier ne le voit pas. Dispositif admirable! Je tiens le confessionnal pour une des plus belles inventions de l’humanité, avec le couteau suisse, la fermeture-éclair et le Tour de France.
Ne vous en séparez jamais. Ne les bradez pas! Aucun ne doit partir à la casse! Ne les édulcorez pas! Je n'apprécie pas les confessionnaux portatifs utilisés lors des grands déplacements de foule, ni le modèle minimaliste des sacristies, - une chaise, un prie-Dieu sans séparation et en pleine lumière -. J’ai fait mon enquête: ces confessionnaux allégés ne recueillent que des péchés légers, des peccadilles, des larcins d’enfant, qui font bailler d’ennui les ministres de Dieu. Pour extirper de la conscience les péchés crapuleux, les crimes aggravés, le blasphème, l’inceste, il faut des confessionnaux massifs, ornés, sculptés, qui intimident, tordent les boyaux et provoquent l’expulsion de la faute hors de nos entrailles, dans un grand spasme de l’âme.
Cette purge n’est pas complète sans l’absolution, qui lave à grande eau la conscience encrassée, au moins une fois dans l’année, quand on «fait ses Pâques». «Mon grand nettoyage de printemps» commentait Modestine... C'est ainsi qu'on repart l’âme toute propre, prêt à fauter à nouveau, car telle est notre nature.
Mais voilà, ce tableau est trop beau. J’ai une mauvaise nouvelle: un concurrent est apparu et vous ne l’avez pas repéré, ô pape novice !
Je vais vous éclairer, mais pas aujourd’hui, car il se fait tard et j’ai encore trois rosiers à tailler.

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1Nourriguière : du provençal nourriguiero (nourrice). Botul, élevé dans les Hautes Corbières, francise volontiers certains mots du dialecte.

 

 

pape scribe

Pie XI allant écouter Botul, suivi de Serafino, scribe-secrétaire.